RNT – Des convergences toxiques

24/09/2014 Admin 0

Des convergences toxiques

 

En 2011 nous avions constaté qu’un expert proche du parti socialiste (très proche…), David KESSLER, confortai t-en les aggravant- les conclusions d’un expert précédent plutôt proche de la droite (pas loin du tout…),  Marc  TESSIER, visant à convaincre qu’il est « donc clairement établi qu’il n’y a pas aujourd’hui d’espace économique pour un lancement national de la Radio Numérique » (voir « L’Arlésienne et la Radio Numérique Terrestre » – http://agoracotedazur.fr/actualites/larlesienne-et-la-radio-numerique-terrestre/ )

 

En 2012, le gouvernement socialiste de Jean-Marc Ayrault, décidait  de ne pas demander « l’attribution prioritaire de fréquences pour la diffusion en RNT des programmes de Radio France et de Radio France Internationale », s’inscrivant sans surprise dans les consignes des réseaux commerciaux du « Bureau de la Radio » opportunément validées par les deux experts précités. (Voir « Le Changement c’est maintenant »http://agoracotedazur.fr/actualites/rnt-le-changement-cest-maintenant/ )

 

(Il serait intéressant de connaître, lors de cette décision, qui lui a sans doute été imposée, l’état d’esprit de Jean-Marc Ayrault qui avait assuré, à Nantes, une remarquable promotion de la RNT avec le soutien des radios associatives)

Heureusement, le Conseil supérieur de l’Audiovisuel (CSA) présidé par Michel BOYON et sous l’impulsion de Rachid ARHAB et d’Alain MEAR, sut résister aux pressions des lobbies et du gouvernement et accorda les autorisations d’émettre aux candidats des trois zones test, Paris Marseille et Nice.

Aujourd’hui, alors que depuis peu, dans ces trois zones, la diffusion en RNT a commencé, fait la preuve de sa qualité, que le CSA réfléchit à son rapport  imminent et –souhaitons-le – à de prochains appels à candidatures, voici  que le Bureau de la Radio, Messier, Kessler, le gouvernement, reçoivent un renfort inattendu pour mettre à bas la Radio Numérique Terrestre.

La Confédération Nationale des Radios Associatives (CNRA) constate,  fort justement, que « Les n

ouveaux projets issus de la RNT seront donc financés sur le dos des radios associatives existantes alors que ces dernières ne pourront, elles, obtenir aucun financement pour les aider à diffuser en bande III. Pire, le système existant à ce jour, non modifié, ne permet à aucune radio associative émettant déjà en FM d’obtenir de la part du FSER un financement spécifique pour émettre en RNT »

Après ce constat, un syndicat professionnel conséquent se devrait de mobiliser les radios associatives pour qu’il soit mis fin à une telle situation et que les moyens soient affectés au FSER pour y remédier.

Mais non !  La CNRA  demande au CSA de ne plus lancer d’appels à candidature en RNT !  On croit rêver : des représentants de radios associatives qui apportent objectivement leur soutien aux groupes financiers des réseaux commerciaux !

Pourquoi ne pas demander de cesser d’indemniser les chômeurs au motif que cet argent manquerait pour assurer la survie de ceux qui perçoivent le SMIC ? Et de mettre fin à la CMU pour mieux rembourser les cachets d’aspirine ?

Les radios associatives savent que leur avenir est dans un paysage radiophonique  pluriel porté par une radio numérique terrestre gratuite et accessible à tous. Elles savent que la bande FM n’est plus en mesure d’enrichir l’offre de programmes et n’offre pas une qualité sonore équivalente à la RNT.

Le repli sur soi aiderait les marchands de pub du Bureau de la Radio à maintenir leurs privilèges, sans apporter quoi que ce soit de plus au FSER.

Une seule solution, agir pour que la loi de 1986 soit respectée et que les fonds nécessaires soient attribués au FSER. Dire aux Sages du Conseil supérieur de l’audiovisuel de choisir l’avenir, en toute indépendance, comme l’ont fait leurs prédécesseurs.

 

Grasse, le 24 septembre 2014

 

Gilbert ANDRUCCIOLI
Président d’Agora Côte d’Azur
Président de la Fédération des Radios Associatives du Sud Est (FRASE)

L’Arlésienne et la Radio Numérique Terrestre

24/09/2014 Admin 0

L’Arlésienne et la Radio Numérique Terrestre
par Gilbert Andruccioli

 

Dans « La Lettre de la Scam » de février, Michel Boyon, président du CSA, se prononçait en vrai diplomate, en faveur de la radio numérique terrestre. Bien sûr, dans l’attente du rapport de David Kessler, il convenait au président de l’autorité de régulation de s’exprimer avec mesure.


Il avait cependant relevé que la modulation de fréquence va apparaître comme un « média vieillissant » et que la radio sous protocole internet, outre le fait qu’elle ne pourrait être écoutée massivement, ferait que «l’anonymat de l’auditeur disparaîtrait : chaque opérateur, et pourquoi pas, chaque marque commerciale pourraient connaître les préférences de chacun d’entre nous » De plus, et ce n’est pas la moindre des choses, le « principe de gratuité » serait mis à mal.

L’essentiel avait été dit et bien dit. L’enjeu étant tout simplement de savoir s’il existera demain une radiophonie universelle, libre et gratuite dans un paysage radiophonique pluriel. Avec une place conséquente pour les radios libres associatives sans lesquelles le pluralisme serait réduit à sa situation d’avant 1981.

 

Après avoir réclamé la RNT à cor et à cri, les réseaux commerciaux avaient opéré une volte face en constatant que leur projet ne parvenait pas à déstructurer le paysage radiophonique à leur avantage comme ils l’escomptaient. La perspective de voir des opérateurs commerciaux « multi-villes » étendre fortement leur influence les inquiétait. Constatant de plus qu’ils ne parvenaient pas à empêcher totalement la venue de nouveaux réseaux nationaux publics et privés, leur influence politique leur a permis d’obtenir le gel de la mise en route de la RNT à Paris, Marseille et Nice et du processus d’appel général à candidatures.

Le souhait du public de bénéficier d’une offre radiophonique plus étendue sur le territoire et plus riche et diversifiée dans son contenu ne correspond évidemment pas aux objectifs des réseaux commerciaux qui ne visent qu’à maintenir et si possible augmenter leurs recettes publicitaires.

La concurrence libre et non faussée, certes, mais pas au détriment de leur pré carré : les réseaux ont donc bloqué le système en renonçant à leurs candidatures.
Devant cette situation, le premier ministre a demandé un rapport à David Kessler afin d’évaluer la situation et d’ouvrir des perspectives d’évolutions. Après un rapport d’étape qui posait plus de questions qu’il n’apportait de suggestions, le rapport définitif, qui s’est fait attendre plusieurs mois, vient d’être rendu public.

 

S’inscrivant dans « les hypothèses financières sur lesquelles s’est fondé Marc Tessier, qui si elles ont pu évoluer à la marge….restent largement valables », David Kessler conclut dans le même sens que lui : « En conclusion, il nous semble donc clairement établi qu’il n’y a pas aujourd’hui d’espace économique pour un lancement national de La Radio Numérique » Il propose donc un « moratoire » d’une durée indéterminée au cours de laquelle un Observatoire étudierait les évolutions à l’étranger, les expérimentations conduites en France et dresserait « un bilan au bout de deux années. Dans le cas où les auditeurs auraient réagi positivement, permettant à la RNT de se développer avec un succès massif, le CSA pourrait alors envisager une extension de la RNT. Dans le cas contraire, il serait alors décidé de renoncer à la RNT. Des critères précis d’échec et de succès devraient être clairement définis»

Il rejoint en fait, Marc Tessier qui s’exprimait ainsi sans surprise en faveur des réseaux commerciaux :
« En conclusion, il est encore temps de s’interroger sur l’opportunité du projet de Radio Numérique Terrestre, au cas où de nombreux opérateurs ne seraient pas disposés à souscrire aux engagements énumérés ci-dessus et à financer le surcoût de diffusion sur 10 ans. Même si le projet a été initié à leur demande et son cadre de développement actuel établi en étroite concertation, l’évolution de l’environnement et les aléas de financement peuvent à eux seuls justifier une remise en cause. »

 

Néanmoins, Marc Tessier notait que si on décidait de lancer la RNT, on ne pourrait réussir qu’en limitant au minimum la double diffusion du même programme en analogique et numérique, ce qui accroît les dépenses et freine l’équipement des auditeurs en récepteurs numériques. Il faisait de l’arrêt rapide de l’analogique une condition première du succès :
« Quant à l’arrêt de la diffusion FM, il paraît nécessaire qu’il soit présenté comme une « ardente obligation » du projet, ne serait-ce que pour justifier un investissement aussi élevé et pour alléger à terme la facture de l’Etat vis-à-vis de Radio France comme des radios associatives » et faisait de cette question son « Troisième principe : l’intérêt collectif est évidemment incompatible avec une diffusion simultanée en onde longue, FM et numérique sans bénéfice réel pour l’auditeur. Il conviendra donc de fixer une date d’arrêt pour les deux premières. C’est bien le rôle de l’Etat de fixer un objectif ambitieux dans ce domaine ».

David Kessler soutient donc Marc Tessier dans ses arguments défavorables à la RNT et rejette ceux qu’il considérait essentiels pour réussir la transition vers le numérique.
Les propositions d’expérimentation et d’observatoire (missions que le CSA a déjà mise en oeuvre depuis plusieurs mois !) ne cachent évidemment pas le choix de David Kessler de soutenir les réseaux commerciaux : « Les opérateurs privés qui auraient, en principe, les moyens de supporter de développement de la RNT sur l’ensemble du territoire ne souhaitent pas le faire » rappelle-t-il. Et visiblement il ne souhaite pas leur déplaire.

Premier à l’agrégation de philosophie, Enarque, Conseiller d’Etat, Conseiller de Lionel Jospin, Directeur de France Culture et aujourd’hui Conseiller de Bertrand Delanoé à la Mairie de Paris, David Kessler ne semble pas être parvenu à s’extraire des pesanteurs ambiantes et s’être résigné à les subir tout en laissant « du temps au temps ». « Enterrer la RNT serait sans doute absurde : constater que les temps ne sont pas mûrs n’interdit pas d’observer et d’agir » conclut-il comme pour s’en excuser.

 

Le Conseil supérieur de l’audiovisuel n’a pas tardé à réagir. : « Radio numérique terrestre : le Conseil poursuit les expérimentations et renforce son observatoire » annonce-t-il avec humour, s’amusant que David Kessler ait cru devoir inventer l’eau tiède. Il rappelle que la RNT permettrait seule l’extension de l’offre radiophonique. Il souligne, notamment, que « des solutions, dont certaines sont déjà proposées par des éditeurs » pourraient répondre aux questions soulevées à propos du « modèle économique » et qu’une remise en cause de la norme TDMB diminuerait sensiblement les coûts d’exploitation ainsi que l’arrêt des émissions grandes ondes et ondes moyennes qui n’ont plus qu’un auditoire marginal.

Unesaine réaction du CSA – autorité administrative indépendante – qui nous rappelle opportunément les points de vue qu’il estime conforme à l’intérêt général.

 

Gilbert Andruccioli
Président d’Agora FM
Président de la Fédération des radios associatives du Sud Est (FRASE)