Le Grand Détournement

25/09/2013 Admin 0

NOUS TENONS A L’EPRA

Le Grand Détournement

Dans un article intéressant «  Et si les radios locales de quartier faisaient leur révolution numérique ? »,paru sur le site Localtis.infos, journal d’information en ligne de la Caisse des Dépôts et Consignation, Valérie Liquet présente l’EPRA comme « une structure soutenant la production de radios associative de proximité. »

Heureusement cette inexactitude est rapidement compensée par le rappel de la vérité historique précisant la fonction de l’EPRA « Le réseau a été créé en 1993 pour « mettre en œuvre une banque de programmes radiophoniques favorisant l’intégration en France des populations immigrées ou issues de l’immigration », en associant des représentants de l’Etat (trois ministères : la Culture, l’Intérieur et la Ville) et des radios associatives. Il mutualise et redistribue aujourd’hui des programmes radiophoniques (2h30 par jour) vers un réseau de 180 radios associatives adhérentes et sa mission s’est élargie à « la lutte contre les discriminations et la promotion de l’égalité », avec l’idée également de participer au « développement de la communication de proximité, notamment dans les agglomérations et quartiers en difficulté » »

En effet, le Groupement d’Intérêt Public EPRA est un outil crée par les pouvoirs publics – le FAS à l’origine – pour mettre en œuvre les orientations publiques de lutte contre les discriminations, le racisme, les exclusions et enfin pour faire vivre les dispositions prises dans le cadre de la Politique de la Ville.

Les radios associatives -et jusqu’à une date encore récente Radio France Internationale – étaient les « prestataires » de l’EPRA qui leur achetait des émissions librement élaborées, correspondant aux thématiques exigées par l’EPRA et d’une qualité technique reconnue.

En liquidant l’EPRA, les gouvernements Fillon puis Ayrault veulent détruire un outil public dont la forme actuelle avait était arrêtée par le gouvernement Bérégovoy. Ils privent ainsi la Politique de la Ville – mais existe-t-elle encore ?- de médias de proximité permettant l’expression des habitants et des acteurs générant du lien social.

Pourquoi faire cela ? Economies budgétaires ? Cette hypothèse est peu crédible, l’EPRA ayant déjà mis en œuvre une politique d’économies drastiques supportée par les radios associatives et, ayant déjà réduit de plus des deux tiers la dotation de l’EPRA.

Peu crédible également quand on prend connaissance de projets de Jérôme Bouvier. Alors que Valérie Liquet rappelle que ce dernier devait proposer «un projet alternatif qui, « sans impact budgétaire », succéderait au GIP Epra. »

Jérôme Bouvier a imaginé plusieurs usines à gaz dont la cohérence reste à établir et qui ne peuvent exister qu’en consommant de gros budgets. D’abord une « Commission nationale médias de proximité et diversité » de 11 à 15 membres dont on ne sait qui les choisirait et qui hériterait de presque toutes les attributions de l’EPRA plus beaucoup d’autres puisqu’elle traiterait non seulement de la radio mais du journal papier, du son, de la photo, de la vidéo, de l’internet, car dit Jérôme Bouvier, « les radios associatives ne peuvent échapper à cette évolution vers le trans-média ». M. Bouvier ne sait pas que les radios associatives ne l’ont pas attendu pour faire leur révolution numérique, et qu’elles sont présentes sur le web, les smartphones et les tablettes !

Pour son grand œuvre, Jérôme Bouvier a besoin de deux millions d’euros! Facile ! Il suffit de récupérer 1,5 millions que l’ACSE avait accordé à une pléiade de médias de proximité en 2012 plus les 500 000 euros de l’EPRA.

C’est la conception de M. Bouvier d’une opération « sans impact budgétaire » ! Il suffit de siphonner les fonds publics jusqu’alors dédiés à d’autres organismes puisque la commission de M. Bouvier s’attribuerait entre autres, les missions suivantes « expertise des propositions éditoriales des médias locaux, sélection, proposition de fléchage des subventions. La commission pourrait également lancer des appels à projets sur des événements »

On croit rêver : la commission de M. Bouvier définirait les « propositions éditoriales », « flècherait » les subventions, « appellerait les projet » selon son bon vouloir !

Alors que le gouvernement s’oppose à élargir le GIP EPRA à, d’autres partenaires publics, M. Bouvier, en plus des ministères actuels, veut la participation de l’Education nationale, de l’Economie Numérique, de l’Education populaire et de la Vie Associative. Pour leur bonne mine et sans la moindre arrière pensée de financements…

Sans en prévoir le coût d’installation et de fonctionnement, M. Bouvier veut une deuxième usine à gaz : une plateforme numérique et « centre de ressources » qui devrait, avec le concours de l’INA rendre « accessible le patrimoine du GIP EPRA » c’est-à-dire les 11 000 émissions. Ce sera « sans impact budgétaire » ?

M. Bouvier a-t-il oublié que, des plateformes numériques, l’EPRA en dispose deux : une plateforme numérique qui traite le flux et une seconde pour les archives avec un thesaurus et un protocole OAI-PMH ?

Si les pouvoirs publics estiment que les programmes ne sont pas accessibles à tous, il leur suffit de décider qu’ils le soient ! Ce qu’ils ont toujours refusé !

De plus, M. Bouvier semble avoir oublié que les droits de ces 11 000 émissions ont été cédés par les radios exclusivement à l’EPRA, et que leurs auteurs en sont toujours propriétaires et protégés par la SCAM…Un joli sujet juridique en perspective…

L’opération « liquidation de l’EPRA » apparait bien pour ce qu’elle est : un grand détournement de moyens et de biens jusqu’ici mis en œuvre par un organisme public, au profit de structures privées qui prétendent « coordonner » des acteurs existant en les mettant sous leur tutelle financière et idéologique.

Le 25 septembre 2013

Gilbert Andruccioli
Animateur du Collectif « Nous tenons à l’EPRA »
Président d’Agora Côte d’Azur
Président de la Fédération des Radios Associatives du Sud Est